CHANT PREMIER

Je chante d'un amant les transports et l'offense,
A quels affreux combats un rien donna naissance.
Muse! dicte mes vers: à CARYL ils sont dûs,
Et de BELINDE même ils pourront être lus.
Le sujet est léger; mais quel prix pour ma lyre,
S'il sourit à mes chants, et qu'ELLE les inspire!

Quel étrange motif, Muse! d'un lord galant,
Fit auprès d'une belle un amant insolent?
Ou, plus étrange encor, quelle pudeur nouvelle
Contre un lord put armer cette beauté rébelle?
Faut-il qu'un Petit-maître ait tenté de tels coups?
Tant de fiel entre-t-il dans un sexe si doux?

De ses rayons tremblants perçant la jalousie,
PHEBUS ouvrait ces yeux dont l'éclat l'humilie.
La pantouffle, la cloche a retenti trois fois,
Et le timbre argentin répondu sous les doigts:
Déjà plus d'un doguin s'est secoué l'oreille,
Et l'amant tourmenté, juste à midi, s'éveille.
BELINDE de son lit presse encor l'édredon;
D'un SYLPHE officieux ce long calme est un don:    The Dream (Beardsley)
C'est par LUI, qu'abordant sa paisible retraite,
Un songe séducteur voltigeait sur sa tête:    The Dream (Du Guernier)
Un jeune homme plus beau qu'un Marquis en gala,
(Même en rêve, ton coeur, BELINDE, en palpita;)    The Dream (Fuseli)
A l'oreille, à mi-voux, disait, ou semblait dire
Ces mots, qu'embellissait le plus tendre sourire:

"Mortelle imcomparable! O Nymphe! objet si cher
Aux nobles habitants des campagnes de l'air!
Si jamais se grava sur ton ame novice,
L'image qu'y traçait confesseur, ou nourrice:
Ces lutins, dans l'espace apperçus vers le soir,
Et le cercle magique, et baguette, et miroir;
Ces vierges, au milieu des séraphiques bandes,
Le front ceint de saphirs, de célestes guirlandes,
Ecoute, et crois! connais ce que BELINDE vaut;
D'ici-bas détachée, ose aspirer plus haut,
Au savant orgueilleux des vérités voilées
Sont à la fille simple, à l'enfant révélées.
L'Esprit-fort, il est vrai, toujours en doutera:
Qu'importe? la Beauté, l'Innocence, y croira.
Apprens qu'autour de toi vole une immense armée
D'Esprits aériens, de milice emplumée:
Et quoiqu' inapperçus, ils voltigent toujours,
Suspendus sur la loge, ou planant sur le cours.
Songe donc dans les airs quels sont tes équipages,
Et vois avec dédain une chaise et deux pages.
De vos membres polis le contour séduisant
Jadis nous renferma, comme vous à présent;
Mais de-là, dégagés de l'enveloppe humaine,
Nous courons sans regret de l'air fendre la plaine.
Quand la femme a perdu las sens qui l'animaient,
Loin de perdre avec eux les goûts qui l'enflammaient,
A ce jeu qu'elle quitte encor intéressée,
Mêmes goûts, mêmes voeux, occupent sa pensée.
Morte, elle n'est pas moins que quand elle vivait,
Folle de chars dorés, ivre de lansquenet.
Car, à la fleur des ans quand une belle expire,
Vers l'élément natal son ame se retire:
Ces Viragos, seprits hautains, impérieux,
SALAMANDRES nouveaux, s'élancent dans les cieux.
Sous l'onde se glissant, les esprits débonnaires,
NYMPHES, vont savourer leurs thés élémentaires.
Pour mieux suivre ici-bas son instinct médisant,
La grave prude écheoit au GNOME mal-faisant.
La coquette l'égère, ein SYLPHE évaporée,
Plane, et fait l'ornement de la voûte azurée.

"De plus, toute beauté renonçant à Cypris,
Dans les transports d'un Sylphe en retrouve le prix.
Car le Sylphe, au-dessus de l'espèce mortelle,
A son gré, change et prend sexe et forme nouvelle,
Eh! qui vous sert d'Egide aux instants périlleux,
Contre un bal enivrant, un masque audacieux,
Ou l'oeillade, en plein jour, du hardi Petit-maître,
Ou ce poison, qu'à l'ombre, à mi-voix glisse un traître,
Quand le lieu sert de voile au feu qu'il a produit,
Quand Terpsichore embrase, ou qu'Euterpe attendrit?
C'est d'un Sylphe, crois-moi, la propice influence,
Quoiqu'ici-bas l'HONNEUR soit le Dieu qu'on encense.

"Mais il est des Beauté fières de leurs attraits,
Que le Gnome en ses bras doit presser à jamais.
Il accroit leur orgueil, exalte leurs pensées;
L'amour est éconduit, les offres repoussées.
Bientôt maint Farfadet remplit leur cerveau creux;
Marquis, Ducs, sont suivis de leur train fastueux;
Tandis qu'après les mots d'ORDRE, RUBAN, COURONNE,
Sur leur tympan flatté VOTRE GRACE résonne.
Par lui le Sexe au vice, en naissant, est conduit,
De la Coquette enfant l'oeil au manège instruit:
Il veut, qu'à point nommé son jeune front rougisse,
Et qu'au-devant d'un BEAU son petit coeur bondisse.

"Souvent, lorsque l'on taxe une femme d'erreur,
Dans ce Dédale obscur un Sylphe est conducteur.
Sans crainte elle parcourt l'étourdissante lice;
Un caprice nouveau chasse l'ancien caprice.
Au charme des présents Eglé cède;...un rival
En balance à propos les effets par un bal.
Florio parle, et déjà le coeur bat à Glycère,
Quand Damon, par bonheur, prend sa main et la serre!
C'est ainsi que leurs coeurs, ces mobiles joujous,
Pour mieux suir le danger s'ouvrent à tous les goûts.
A vingt Beaux, tour à tour, telle s;'offre une glace;
Un Blondin y brillait, un Plumet le remplace.
D'inconstance aux mortels ces goûts semblent l'effet:
Aveugles obstinés! les Sylphes ont tout fait!

"ARIEL est l'un d'eux; c'est ainsi qu'on m'appelle,
Et je suis de tes jours le protecteur fidelle.
Hier même, des airs traversant le crystal,
J'ai lu sur ta planète, en son miroir fatal,
Qu'un noir complot, hélas! se trame, et te menace
Avant que le soleil à la nuit ait fait place:
Mais le Ciel tait le lieu, l'heure, les ennemis.
Ma fille! garde-toi; d'un Sylphe suis l'avis;
C'est le dernier secours qui soit en ma puissance:
Crains tout; mais crains sur-tout l'homme et sa mal-faisance!"

Il dit; de sa maîtresse accusant le sommeil,
Trim saute, et de sa langue, il hâte son réveil.
Pour la première fois, si ma Muse en est crue,
Un billet-doux, BELINDE, alors frappa ta vue.
Mais à peine tu lis, ARDEUR, BLESSURE, ATTRAIT,
Soudain de ton cerveau le songe disparait.

De vases précieux dévotement parée,
La toilette sans voile est déjà préparée.
D'abord, la Nymphe en blanc, d'un front respectueux,
Bénit du Dieu du teint le pouvoir onctueux.
Le miroir offre ensuite une céleste Image,
Qui de BELINDE attire et les yeux et l'hommage.
La Sous-Prêtresse tremble auprès de ses autels,
En ouvrant de l'orgueil les Rites solemnels.
D'innombrables trésors le Sanctuaire abonde,
Et là viennent s'unir tous les tributs du Monde.
Chaque vase fournit à son goût délicat,
Et l'Idole à ses soins doit un nouvel éclat.
Là, Golconde a versé ses pierres transparentes,
Aden exhale ici ses vapeurs odorantes.
A l'écaille, plus loin, l'ivoire réuni,
Ou tachetés ou blancs, set en peignes poli.
Aux Mouches, Billet-doux, Bible, Houpes, Essence,
Des Epingles se joint la brillante ordonnance.
Superbe, la Déesse a saisi tous ses traits,
De moment en moment sent croître ses attraits,
Ajoute à leur pouvoir les charmes du sourire,
Rassemble tous les dons, soutiens de son empire,
D'un plus pur incarnat voit son teint s'animer,
Et de plus vifs éclairs son oeil brillant s'armer.
Les SYLPHES à l'envi parent leur Bien-aimée;
L'un forme des cheveux la tresse parfumée,
L'autre plisse un mouchoir, ceux-ci des Falbalas;
Et dans LISE on admire un art qu'elle n'a pas.



Chant second
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